Quand le corps se souvient : la plasticité neuronale et l’importance de revivre et transformer par les cinq sens
Le corps, c’est notre première maison. Avant même de parler, nous avons respiré, ressenti, bougé, utilisé une multitude de sens. Dans le mouvement, le souffle, se cacherait-il une sagesse ancienne ?Parfois, quand les mots ne suffisent plus, c’est le corps qui reprend la parole, à sa manière pour aider à transformer ce qui doit être l’être.
Le cerveau, un organe vivant
Le cerveau est un organe vivant : il enregistre, mémorise, intègre des informations. Il est le siège de la pensée, des émotions, des connaissances. Il est désormais établi que l’expérience individuelle sensorielle et affective joue un rôle crucial dans le remodelage du cerveau – le toucher, la vue, le son, l’odeur, le goût – et façonnent littéralement notre manière de penser, de ressentir, de choisir.
Le cerveau évolue à chaque sensation, chaque émotion vécue, c’est ce qu’on appelle la plasticité neuronale. Et c’est une très bonne nouvelle, cela veut dire que rien n’est totalement fixe, que tout peut bouger. C’est à travers les cinq sens que nous explorons le monde depuis la naissance. C’est ainsi, aussi à travers eux que nous pouvons rééduquer la conscience du corps, redonner au vécu sensoriel sa place dans le soin, car c’est par les sens que le cerveau peut à nouveau se remodeler, quel que soit notre âge.
Qu’est-ce que la plasticité neuronale ?
La plasticité neuronale (ou neuroplasticité) désigne la capacité du système nerveux à changer son activité en réponse à des stimuli internes ou externes, en réorganisant sa structure, ses fonctions ou ses connexions. Autrement dit : nos expériences ne sont pas simplement “vécues” et “oubliées” : elles sculptent littéralement notre cerveau. Chaque apprentissage, chaque sensation, chaque relation ouvre, ferme ou renforce des chemins neuronaux. Et cela vaut aussi bien après un traumatisme (accident, AVC…) que dans le cadre ordinaire de la vie et du soin.
Le rôle des expériences sensorielles
Les neurosciences montrent que les expériences sensorielles – dès le toucher, la proprioception, l’audition, l’olfaction, la vision – contribuent à façonner le cortex, les voies sensorielles, et même les zones associatives. Par exemple, dans des études de “sensory loss” (perte d’un sens), on constate que le cerveau se “réorganise” pour augmenter les fonctions des autres sens : une démonstration éclatante de sa plasticité. Autre exemple : un entraînement sensoriel spécifique – par exemple l’augmentation auditive pour la localisation – a montré une réorganisation neuronale mesurable, impliquant des zones somatosensorielles en plus des zones auditives. Ainsi, nos sens sont des portails vers cette plasticité. Et cela est vrai à tout âge.
Le corps comme mémoire et voie de transformation
Quand on pense à la thérapie – art-thérapie, danse-thérapie, approche psychocorporelle – ce qui se joue souvent, ce sont des vécus qui n’ont peut-être pas (ou plus) de mots. Le corps les a enregistrés. Il les a “vécus”. Il les porte. En permettant à la personne de revivre consciemment, par le geste, par la respiration, par le toucher, par la vibration, nous lui offrons l’opportunité de ré-écrire ou de trans-former ce vécu. Ce faisant, nous exploitons la plasticité neuronale à un niveau symbolique et sensoriel. Parce que le toucher réveille l’empreinte corporelle, la respiration renouvelle le rythme, le son ou la musique mobilisent la résonance interne, le mouvement corporel engage le corps-mémoire dans le temps et l’espace.
Pourquoi “aller” dans les cinq sens ?
- Le sens du toucher permet un contact direct avec le corps-vivant, la peau, la surface, la profondeur. Il ramène à une intériorité incarnée.
- Le sens de la vue nous relie au monde, aux autres, à la forme, à la lumière, à la perspective et engage les circuits visuels et associatifs.
- Le sens de l’ouïe (le son, la voix, le silence) active les zones auditives, la mémoire, l’émotion, l’écoute.
- Le sens de l’odorat et du goût sont souvent moins investis en thérapie, et pourtant ils ouvrent un accès primordial à la mémoire affective, à l’inconscient sensoriel.
- Le sens de la proprioception/mouvement (dansée, gestuelle, rythme) met en lien le corps, la gravité, l’espace, la temporalité et engage des réseaux moteurs mais aussi sensoriels.
En mobilisant ces sens, on offre au cerveau la matière de ré-apprendre, de ré-architecturer, de transformer. On travaille non seulement sur le mental mais sur le corps-esprit dans sa globalité.
En résumé
Quand le corps se souvient, ce n’est pas seulement la mémoire de ce qui fut, mais l’ouverture à ce qui peut venir. Par la plasticité neuronale, le cerveau confirme ce que le corps savait déjà : que le changement est possible. Que le sens peut revenir. Que la vie peut circuler à nouveau.
Accueillons les sens comme des chemins, le corps comme une maison vivante, et la danse, le geste, la créativité comme les alliés d’une transformation profonde et respectueuse.
A travers mes accompagnements spécifiques reliés aux 5 sens, je vous accompagne sur ce chemin.

